Il y a plein d’alternatives


 

Critiquer un système insoutenable, c’est bien ; trouver les leviers d’action pour le changer, c’est mieux. Dans cette rubrique, nous présenterons des projets concrets qui prouvent qu’un autre modèle est possible :

Les « communs», du capitalisme au « collaboratisme»

En octobre dernier, Le temps des Communs avait lieu dans plusieurs villes de France pour encourager les solutions collaboratives, hors de toute logique marchande. Les « communs » sont  des ressources matérielles ou immatérielles que des communautés s’organisent pour protéger et faire fructifier : jardins partagés, logiciels, pédibus scolaires, etc. Ni privés ni publics, les communs dépassent l’opposition État/marché en se fondant sur la capacité d’une population à gérer une ressource de manière équitable et durable. Il s’agit de développer des alternatives à l’appropriation exclusive de  biens préalablement dévolus à l’usage collectif (enclosure). Par exemple, la main-mise de quelques multinationales sur les semences agricoles remet en cause les droits séculaires des paysans de conserver, d’utiliser et d’échanger les graines. Contre cette mise sous brevet du vivant, des trocs de semences se mettent en place (cf. Kokopelli). Grâce notamment à internet, la logique des communs vise ainsi à remplacer la propriété par la disponibilité. Les « communaux collaboratifs » seraient même, selon Jérémy Rifkin, en train d’éclipser la logique capitaliste de l’accumulation : « Chaque voiture partagée élimine la production de 15 autres » ! Face à l’extension du domaine de l’enclosure (biotechnologies, OGM…), il est temps de réaffirmer la « destination universelle des biens » et de mettre en commun plutôt qu’en compétition !

Gwendal & Cie : un autre mode de vie est possible !

En école de commerce, j’ai lancé Ecosolution Khadi, une petite activité économique de textile éthique. J’ai découvert avec l’économie sociale et solidaire l’exigence de la cohérence dans nos modes de vie. On en manque souvent : manger bio sans se soucier de l’utilisation de son compte en banque, réduire ses déchets sans connaître ses voisins, ou militer sur tous les fronts en étant déprimé !

Le manifeste « Changer le monde depuis ma chambre » est né pour proposer des pistes d’action, une réponse globale, unifiée, fondée sur des solutions très pratiques. Oui, on peut changer radicalement son quotidien sans vivre dans une grotte ! Comment ? Voici une proposition en 7 engagements : Commencer prendre soin de soi et des autres, puis modifier notre façons de consommer à travers trois axes principaux : réduire sa consommation d’énergie (eau, déchet, électricité) ; choisir une alimentation saine, saisonnière, locale, à base de végétaux ; valoriser l’économie sociale et solidaire ; développer une démarche de dialogue et s’engager pour « sortir de sa chambre » ! Du coup, après 50 000 téléchargements en 2014, j’ai décidé de lancer Gwendal & Cie, une entreprise qui offre des formations unifiant savoir-faire et savoir-être pour changer les choses par la joie de vivre.

PAS CON L’ANCIEN

Marianne DURANO

Hier, j’ai débranché frigo et congélo. Une manière de consommer ma rupture avec l’ère du supermarché, dont le frigo fut le triomphant symbole.

On a tous en tête ces pubs des 60s représentant une ménagère aux joues roses de plaisir, contemplant l’abondance colorée de son réfrigérateur. En pratique, frigo est aujourd’hui synonyme de gaspillage et de malbouffe. Il est l’allié incontournable des plats préparés, des sauces chimiques, et des lardons industriels. Il implique surtout l’organisation mondiale d’un marché du frais, la sacro-sainte chaîne du froid, dont la moindre rupture est un désastre sanitaire, et dont le coût écologique est énorme. 60% de nos aliments sont réfrigérés, 360 millions de t. sont gaspillés annuellement pour cause de rupture de la chaîne du froid, qui absorbe elle-même 8% de la consommation énergétique mondiale. Plus proche de nous, le congélateur est l’appareil le plus énergivore d’un foyer, représentant en moyenne 20% de la consommation totale. Avec le frigo, le chiffre atteint 35%, presque 2/5e de la consommation d’un foyer français.

Est-ce bien nécessaire ? C’est la question que je me suis posée la dernière fois que j’ai ouvert mon frigo. J’y ai trouvé des légumes et des fromages qui se conservent très bien sur le rebord d’une fenêtre ; un vieux reste de sauce curry qui moisit là depuis un an ; de la moutarde, des œufs, de la crème non-entamée, qui n’ont rien à y faire. Au congélo, un reste de viande même pas suffisant pour une sauce bolo et des haricots surgelés dont on voit mal la plus-value par rapport à leurs cousins en boite. J’ai donc pris ma respiration, et j’ai abattu le totem. Outre la libération symbolique, je l’affirme, oui, on peut vivre sans frigo sans se condamner à manger des graines et des boîtes. A part la viande et le lait, tout, même les restes, peut se conserver au moins 3 jours hors frigo, la plupart des fruits et légumes tenant parfaitement 3 semaines. Pas besoin d’être végétarien pour autant : il suffit de consommer viande et poisson dans la journée. Une manière originale d’encourager le commerce local, de lutter contre l’élevage industriel, et de réaliser des économies, qui vous permettront d’acheter des produits bios de qualité. Car si la plupart des produits de supermarché sont consommés frais, c’est parce qu’à température ambiante ils révèlent leur véritable nature : dégueulasse. Qui a déjà bu du Coca tiède ? Il suffit de calculer les quantités dont on a besoin : entamer une conserve devient un événement culinaire. Pour les amateurs de nouveauté, la designeuse Jihyun Ryou propose même d’astucieuses étagères conçues pour remplacer votre encombrant frigo. Et comme innovation et tradition vont souvent de pair, rendez-vous au prochain numéro pour savoir comment les anciens pratiquaient l’art mirifique de la conserve. Un indice : il vous suffit d’un pot et d’une marmite.

Il y a plein d’alternatives

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